Il y a quelques années, en novembre, le Photo Challenge avait pour thème « impossible d’imaginer cette période de l’année sans… » et j’avais choisi les feuilles mortes. Nous étions en automne, et les feuilles ont tendance à tomber assez tard, vers la mi-novembre ou la fin du mois. Voici une sélection de photos d’automne, avec en point d’orgue Les Feuilles mortes, ce magnifique poème de Jacques Prévert.
Je publie ce billet avec une pointe d’ironie, car nous sommes au printemps et les feuilles sont justement en train d’atteindre leur plein développement en ce moment. Disons que c’est une occasion de plus de parler des arbres, que j’affectionne tant.

En chemin vers le jardin du Luxembourg.

Au bas de notre rue.

Cette photo est tirée de mes portfolios. Les ginkos sont d’une beauté saisissante à l’automne (ici, au parc Montsouris).

Jacques Prévert et le poème des Feuilles mortes
Jacques Prévert est l’un des poètes français les plus célèbres du XXe siècle. Né le 4 février 1900 à Neuilly-sur-Seine, il a joué un rôle majeur dans la diffusion de la poésie moderne, grâce à un style à la fois simple et évocateur, qui mêle le langage du quotidien à des thèmes universels : l’amour, la nature, la condition humaine.
Prévert fait ses classes au prestigieux lycée Louis-le-Grand, où naît sa passion pour la littérature et les arts. Sa poésie prend toute sa dimension pendant et après la Seconde Guerre mondiale, avec des textes comme Les Feuilles mortes ou Le Poète et le Poisson, qui touchent au plus profond de l’expérience humaine.
Au-delà de la poésie, Prévert s’illustre également comme scénariste, en collaborant notamment avec Marcel Carné sur des films devenus des classiques, au premier rang desquels Les Enfants du Paradis. Sa façon de tisser ensemble narration et sensibilité poétique lui a valu une place à part dans l’histoire littéraire française. Il disparaît le 11 avril 1977, mais son œuvre continue d’inspirer des générations entières, rappelant que la simplicité a sa propre beauté, et que les mots ont le pouvoir d’exprimer ce que le cœur peine à formuler.
Les feuilles mortes / Dead Leaves
| Français | English |
|---|---|
| Oh! je voudrais tant que tu te souviennes Des jours heureux où nous étions amis. Dans ce temps-là la vie était plus belle, Et le soleil plus brûlant qu’aujourd’hui. Les feuilles mortes se ramassent à la pelle. Tu vois, je n’ai pas oublié… | Oh! I wish so much that you would remember The happy days when we were friends. In that time life was more beautiful, And the sun more burning than today. Dead leaves are gathered up by the shovel. You see, I have not forgotten… |
| Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, Les souvenirs et les regrets aussi. Et le vent du nord les emporte Dans la nuit froide de l’oubli. Tu vois, je n’ai pas oublié La chanson que tu me chantais. | Dead leaves are gathered up by the shovel, Memories and regrets as well. And the north wind carries them away Into the cold night of oblivion. You see, I have not forgotten The song you used to sing to me. |
| C’est une chanson qui nous ressemble. Toi, tu m’aimais et je t’aimais. Et nous vivions tous les deux ensemble, Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais. Mais la vie sépare ceux qui s’aiment, Tout doucement, sans faire de bruit. Et la mer efface sur le sable Les pas des amants désunis. | It’s a song that resembles us. You loved me and I loved you. And we used to live together, You who loved me, I who loved you. But life separates those who love each other, Softly, without making a sound. And the sea washes away on the sand The footsteps of parted lovers. |
| Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, Les souvenirs et les regrets aussi. Mais mon amour silencieux et fidèle Sourit toujours et remercie la vie. Je t’aimais tant, tu étais si jolie. Comment veux-tu que je t’oublie ? En ce temps-là, l’amour avait la vie belle, Et le soleil plus brûlant qu’aujourd’hui. Tu étais ma plus douce amie. | Dead leaves are gathered up by the shovel, Memories and regrets as well. But my silent and faithful love Still smiles and gives thanks to life. I loved you so, you were so pretty. How can you expect me to forget you? In that time, love had a beautiful life, And the sun more burning than today. You were my sweetest friend. |
| Mais la vie sépare ceux qui s’aiment, Tout doucement, sans faire de bruit. Et la mer efface sur le sable Les pas des amants désunis.Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, Les souvenirs et les regrets aussi. Et le vent du nord les emporte Dans la nuit froide de l’oubli. Pourtant, ma chanson te dit: « Reviens, reviens, mon amoureux » Le temps passe et rien ne rend les beaux jours, Mais reviens quand même, si tu le peux. | But life separates those who love each other, Softly, without making a sound. And the sea washes away on the sand The footsteps of parted lovers.Dead leaves are gathered up by the shovel, Memories and regrets as well. And the north wind carries them away Into the cold night of oblivion. Yet, my song tells you: « Come back, come back, my lover » Time passes and nothing brings back the beautiful days, But come back anyway, if you can. |
Jacques Prévert — Les Feuilles Mortes (1946) · Version bilingue
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