Un selfie à Versailles, voilà ce que font des milliers de visiteurs chaque jour. Les réseaux sociaux ont changé notre façon de faire du tourisme. On cherche la photo parfaite pour prouver qu’on y était, au lieu de vivre l’instant et de comprendre pourquoi on est là. Pour observer ce phénomène, je me suis rendue sur place, à la manière de Martin Parr, afin de photographier les visiteurs du château plutôt que le château lui-même. Car sans selfie, la visite a-t-elle vraiment eu lieu ?
Un selfie à Versailles, sinon rien

Un selfie à Versailles ou la visite vécue
Il y a quelque temps, j’ai eu la chance de visiter le château de Versailles. Les tableaux, les jardins et les sculptures m’ont émerveillée et presque écrasée. Le thème du pouvoir absolu saute aux yeux dans chaque détail extravagant de l’architecture.
Mais au lieu de documenter le château, j’ai braqué mon objectif sur ses visiteurs. Les réseaux sociaux ont changé notre façon de faire du tourisme. On veut la photo parfaite pour prouver qu’on y était, plutôt que de vivre l’instant et de comprendre pourquoi on est là. Pourquoi Versailles est-il si emblématique pour la France et pour le monde ? Comment a-t-il façonné l’histoire ? Et les touristes s’en soucient-ils seulement ?

Pas de selfie à Versailles, pas de visite
« Un selfie, sinon ça n’a pas eu lieu ». Autrement dit, sans photo de l’événement publiée sur les réseaux sociaux, il n’a pas existé. Faut-il que toutes nos expériences soient documentées et commentées pour être validées ? On lance souvent cette phrase pour plaisanter, comme un défi pour étayer son récit. À mon avis pourtant, elle prouve que les médias sont essentiels à notre sentiment de réalité. Notre existence et notre façon d’interagir avec le monde ne valent que par les réactions qu’elles suscitent sur nos réseaux. Comme si le monde ne pouvait se comprendre qu’à travers le prisme des réseaux sociaux.
Comme ces ados qui photographient leur reflet dans la galerie des Glaces…

J’avais en tête un regard à la Martin Parr, pour montrer notre époque de façon plus spontanée. J’ai observé les touristes, leurs échanges, leurs poses pour la photo parfaite, leurs moments d’émerveillement et de distraction. Cela m’a rappelé que la photo peut fixer un instant, mais aussi nous détourner de l’expérience elle-même.
Ces filles qui cherchent le meilleur angle dans le salon de Mercure…


Ou cette personne qui se photographie alors que la chapelle royale se dresse juste devant elle…

Mon expérience du selfie à Versailles
Je ne vais pas jouer les donneurs de leçons, ni prétendre que je n’en fais pas autant, ni dire que photographier les lieux qu’on visite est une mauvaise chose. Je vois les avantages et les travers du partage de sa vie en ligne. Cet été, j’ai eu la chance incroyable de vivre à Paris et de travailler comme stagiaire à l’Antimuseum. Avant de quitter la Californie, presque tous mes amis et ma famille m’ont dit la même chose, « prends plein de photos ! », et je répondais « suivez-moi sur Instagram ! ». Documenter mes journées en permanence est un combat intérieur que beaucoup de gens connaissent sans doute. Je cherche le bon équilibre entre documenter ma vie et la vivre vraiment, dans l’instant.
Certains jours, ça me contrarie de rater la photo parfaite pour les réseaux. Parfois, j’ai envie de supprimer tous mes comptes, tant je m’applique à montrer aux autres que je passe un bon moment que je finis par ne plus en profiter vraiment. Il y a aussi des jours où je prends plaisir à regarder mes anciennes photos, et où je m’en veux de ne pas en avoir pris davantage.

Je veux croire qu’il existe un équilibre. Pendant mon séjour à Paris, je voudrais trouver l’harmonie entre garder des souvenirs et les vivre, tout en prenant le temps d’apprécier l’histoire des lieux que je visite. Ci-dessus, une photo de mes amis et de moi pendant notre visite de Versailles. Un selfie à Versailles, forcément (car y étions-nous vraiment sans selfie ?)
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