Portrait de studio : jouer avec son modèle et la lumière
Aujourd’hui, je fais un zoom sur le portrait de studio à l’occasion de l’annonce du salon de la photographie 2024 se tiendra à Paris du 10 au 13 octobre. L’occasion rêvée de rencontrer les confrères, et de faire son shopping au stand Eyrolles. Dans ce billet, je reviens sur une étonnante session de photo studio sur le stand Nikon animée par Little Shao et un modèle très souple, et je fais le lien avec un livre de Dominique Agius qui vient de sortir sur le sujet de la lumière de studio pour le portrait.
Portrait de studio : jouer avec son modèle et la lumière

Le 7 octobre 2023, j’avais rendez-vous sur le salon de la photo avec quelques confrères auteurs chez Eyrolles. L’occasion rêvée de se remplir les yeux et de tester les nouveautés sur les stands.
Tout naturellement, je m’étais rendu sur le stand Nikon où j’avais assisté à la démonstration de Little Shao, danseur et photographe depuis 10 ans. Je ne le connaissais pas mais j’ai appris, à la faveur de cet atelier, à découvrir ses photos étonnantes, présentes sur les médias sociaux comme il se doit. Il est également partenaire, entre autres marques, de Nikon, Manfrotto et RedBull.
Little Shao est, selon les indications de son site web, « un photographe autodidacte connu pour sa façon unique de capturer le mouvement ». Il est né en France où il a grandi en banlieue parisienne, fan de hip-hop et de break dancing, vers la fin des années 90. Étonnamment, il est ensuite allé travailler dans la banque, et moins étonnant, il en est sorti au bout de 5 ans pour se consacrer à la photographie.
Comme il l’a exprimé lors de l’atelier du salon, « notre but est de faire de belles images », et force est de constater qu’il sait y faire.
Jouer avec son modèle … et avec la lumière
Mamadou Bathily, alias BATS, est danseur électro. « Appelée electro ou electro dance, [il s’agit de] la première danse urbaine française fondée sur des mouvements atypiques inspirée du vogue, du locking, de la house ou du popping, adaptés au rythme de l’electro house » (source). Je dois avouer que je ne connaissais pas cette danse qui pourtant se pratiquerait depuis les années 2000.

Mamadou a été deux fois champion de cette discipline, en 2011 et 2018. Il est également modèle.
De la lumière pour éclairer la relation avec son sujet
Le but de la session animée par Little Shao était de nous éclairer sur la « relation à créer avec son sujet », un point extrêmement important dans chaque session photo. Pour ma part, je commence toujours par me renseigner sur la personne qui vient en studio afin de nouer une relation d’échange et de compréhension mutuelle. Il n’est pas rare que les parcours se croisent d’ailleurs, et cela permet de donner plus de relief à une session qui devient ainsi un enrichissement mutuel et humain, à l’opposé d’une simple séance photo technique.
Pourtant, de la technique, il y en avait dans cette session menée par Little Shao devant un public nourri et attentif.
Armé d’un superbe Nikon Z8 relié à un écran TV, avec un déclencheur de flash et un objectif 24-70 mm, le photographe a placé son modèle dans des positions aussi remarquables qu’improbables, permises par l’incroyable souplesse du jeune danseur de 33 ans.

Pour cela le photographe de danse a utilisé « un objectif polyvalent mais qui n’est pas forcément la meilleure focale ». Ses focales privilégiées sont en principe le 50 ou 85 mm, et surtout le 105-135, son zoom préféré. Lors de cette session, il a également expérimenté avec le 20 mm f/1.8 avec reconnaissance de l’œil.
Pour ma part, je dois avouer une prédilection très nette pour le 85 mm f/1.4 en studio (à droite et sur la page dédiée au matériel) et pour les événements, le 24-70 f/2.8 ou le 70-200 f/2.8 (chez Nikon également). On peut bien entendu réaliser des portraits avec toutes les focales. Le 24 mm lui-même n’est pas à bannir à condition de ne pas mettre ses personnages dans les coins. Mais le 85 mm f/1.4 offre un tel piqué et une qualité d’image si exceptionnelle qu’il paraît difficile de faire mieux. On s’habitue vite à l’exceptionnel. En outre, j’aime me déplacer avec le sujet et la focale fixe est un bon remède contre l’immobilisme.
Portrait de studio en conditions extrêmes
Little Shao a réalisé ses démonstrations dans les conditions très difficiles d’un stand de salon et, sans prétendre à la perfection que ne permettait pas ce dispositif, il a réussi à démontrer les différentes possibilités de lumière avec un seul flash de manière très convaincante.
Ainsi il a fait bouger son modèle pour éviter les ombres (ou les provoquer), installé la lumière en dessous ou au-dessus de son sujet, en « évitant de la mettre comme une douche car le centre n’est pas forcément la tête », ou encore en arrière-plan avec le réflecteur.
« Chaque essai est un tâtonnement » nous a-t-il dit. Avant d’essayer une gélatine jaune « pour donner un aspect coucher de soleil » ou en changeant le point de vue avec un objectif de 20 mm. « En jouant sur la puissance du flash on règle le problème des parasites en plongeant ces éléments indésirables dans le noir » a-t-il précisé.
En bref, une démonstration aussi réussie sur le plan de la technique que de l’originalité des poses. Poses qui ne sont pas sans rappeler la photographie d’Emmet Gowin, repérée lors de la remarquable exposition sur le noir et blanc de décembre 2023 à la BNF.

Cette démonstration, très pragmatique, m’a fait penser à mes débuts avec le flash de studio. Un instrument incroyablement puissant mais très intimidant de par sa complexité. Mais le tâtonnement a ses limites et c’est pour cela que nous allons nous pencher sur un récent ouvrage de Dominique Agius, paru chez Eyrolles et intitulé « La lumière de studio pour le portrait ».
La lumière de studio pour le portrait : leçons d’un pro
Dominique Agius est photographe professionnel et enseignant dans différentes école, d’art et d’audiovisuel. Son travail professionnel est régulièrement exposé. Avec lui, on passe à l’étape suivante de ce travail sur l’éclairage en portrait. On pourrait même dire sans craindre de se tromper, qu’il s’agit du stade ultime de la précision de la mise en place de la lumière et de son réglage. Ce nouvel ouvrage qui vient d’être publié cet été par Eyrolles, est une véritable somme de 368 pages. Il est présenté par l’éditeur, à juste titre, comme étant « LE manuel technique de base, indispensable pour parfaire sa maîtrise de l’éclairage de studio ».

Plus qu’un livre, il s’agit d’un mode d’emploi précis et détaillé, tout en restant synthétique et lisible. Et il est en effet indiscutablement indispensable pour le photographe qui veut approfondir sa compétence dans la mesure et le réglage de la lumière.
Le livre est découpé en deux parties, la première dédiée aux bases et la deuxième avec les principaux schémas d’éclairage du portrait.
Les deux parties du livre sur le portrait de studio
Les conseils de la première partie permettent de balayer les notions les plus importantes (les différents modeleurs utilisés, la gestion des ombres, le point de vue, etc.) alors que la deuxième partie est dédiée aux quatre schémas d’éclairage les plus répandus en portrait (Rembrandt/Loop/Split/Paramount).
L’ouvrage est volontairement non littéraire et se présente comme une collection de fiches pratiques qui permettent de reproduire soi-même, en studio, les dispositifs décrits par l’auteur.
On y retrouve à chaque fois, le matériel, les résultats attendus et les infos et réglages.
Un parti pris de l’auteur m’a paru de prime abord étonnant. Dominique a en effet décidé d’illustrer ses fiches par des modélisations 3D et non des photos.
Ceci est pourtant justifié par l’auteur en ce que « la modélisation restitue, avec une très grande précision, le rendu des éclairages, l’emplacement et la densité des ombres et aussi le positionnement exact des différents modeleurs ». Par ailleurs, les personnages en 3D sont selon lui plus propres à rendre compte du résultat attendu car « les mêmes illustrations avec des personnes réelles dans un vrai studio photo seraient moins homogènes et comparer les différents dispositifs serait moins évident ».
Comparer aux modèles 3D
Les photographes désireux de mettre en pratique les conseils de l’auteur, seraient donc avisés de réaliser eux-mêmes les photos afin de pouvoir les comparer au modèle 3D et de se rendre compte du résultat IRL.
Pour consulter régulièrement les schémas d’éclairage proposés par les revues photographiques, les dispositifs proposés sont souvent trop complexes et peu reproductibles. Par ailleurs, les photos proposées sont rarement suffisantes pour montrer toutes les possibilités et pas assez neutres pour permettre des choix, sans jeu de mots, éclairés.
Les fiches de Dominique Agius sont à la fois bien plus simples et bien plus complètes que ce que j’ai vu jusqu’ici et je trouve le résultat très réussi.
En résumé, La lumière de studio pour le portrait est un ouvrage pratique et véritablement utile, qui permettra au lecteur photographe de se référer aux différentes fiches en fonction de ses besoins. La lecture cursive ou approfondie est possible, laissant ainsi le choix au photographe de picorer quelques fiches au gré de son besoin ou de se livrer à des essais plus exhaustifs.
Ce livre devrait figurer en bonne place dans tous les studios des professionnels et des amateurs qui désirent se perfectionner dans cet art complexe du portrait en studio où, même si le tâtonnement est de rigueur et conseillé, le perfectionnement est sans cesse nécessaire. Pour ce qui me concerne, ce choix est déjà fait.
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Je suis photographe et aquarelliste. Je pratique la photographie depuis l'enfance et la photographie numérique depuis 1995. J'en ai fait mon activité principale en 2021. Je possède un studio photo dans le 15e arrondissement de Paris
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