La photographie numérique moyen format

Jusqu’à récemment, je ne connaissais quasiment rien à la photographie numérique en moyen format. Je me souviens des diapositives 6×6 qu’un ami m’avait montrées dans les années 1970. Je me rappelle aussi qu’elles étaient d’une qualité stupéfiante. C’est à peu près tout ce que j’en savais. Bien sûr, j’avais déjà vu des photographes utiliser ce genre d’appareils argentiques. Vivian Maier et son Rolleiflex, pour commencer. Mais la photographie numérique en moyen format n’était pas vraiment à mon programme, jusqu’à ce que je rejoigne le club photo OI Paris et que je tombe sur un confrère photographe qui maniait ce type de boîtier avec délectation et m’en a parlé.

Récemment, j’ai fait l’acquisition d’un Hasselblad 500C d’occasion. Cet achat en a entraîné un autre, celui d’un dos numérique Hasselblad CFV II 50C associé au boîtier 907X, également d’occasion. Puis est venu l’objectif XCD 45. C’est là que j’ai vraiment commencé à comprendre ce qu’était la photographie numérique en moyen format. Depuis, j’ai voulu en savoir davantage, tant le résultat m’a paru bluffant. Voici le récit de mon expérience avec ce format numérique, illustré d’exemples pris ces dernières semaines.

À propos de la photographie numérique en moyen format

La photographie numérique moyen format
Photographie numérique en moyen format, le CFV II 50C monté sur le 907X avec l’objectif XCD 45 mm

TL;DR

  • Après des années en plein format, je me suis équipé d’un Hasselblad 500C d’occasion, ainsi que d’un dos numérique CFV II 50C et d’un boîtier 907X, achetés pièce par pièce autour du festival de la photo de Bièvres et chez un revendeur en ligne en Finlande.
  • Le rendu des couleurs, la netteté et la plage dynamique sont clairement au-dessus du plein format. En prime, j’ai besoin de bien moins de post-production pour y arriver.
  • Les capteurs moyen format affichent une surface environ 1,7 fois supérieure à celle du plein format. Les 50 mégapixels du CFV II 50C sacrifient un peu de résolution en échange de fichiers plus légers et d’un prix inférieur à celui du dos 100 mégapixels CFV 100C.
  • Les compromis sont bien réels. Des fichiers de plus de 100 Mo, un autofocus plus lent, pas de viseur intégré, et une addition salée. Du coup, il complète mon matériel Nikon plutôt qu’il ne le remplace.
  • Vous trouverez ci-dessous mes impressions sur le terrain, ce que le « moyen format » signifie vraiment, un tour d’horizon du 907X et de l’objectif XCD 45 mm. J’ai aussi ajouté quelques tests vidéo, des infographies et des lectures complémentaires.

Table des matières

Le moyen format, Kesako ?

Jusqu’à il y a peu, le terme « moyen format » ne me disait pas grand-chose. J’avais utilisé pratiquement tous les types d’appareils, mais aucun de ces instruments haut de gamme. Bien sûr, j’avais entendu parler du célèbre et mythique Hasselblad et de son compagnon le Zeiss Planar, celui qui aurait pris des photos sur la Lune. En réalité, les choses sont un peu différentes de la légende. En creusant la question avec Perplexity, j’ai découvert que « lors d’Apollo 11, un second Hasselblad Electric Camera (HEC) équipé d’un objectif Zeiss Planar 80 mm f/2,8 a servi à photographier l’intérieur du module lunaire Eagle »[1][2]. Un autre objectif fut utilisé pour les prises de vue extérieures, mais cela ne change pas grand-chose à l’affaire.

Quoi qu’il en soit, je me suis rendu à la foire internationale de la photo de Bièvres, ce rendez-vous annuel de début juin qui attire collectionneurs, marchands et passionnés venus de toute l’Europe depuis 1964. Cette foire est un vaste marché de matériel photographique ancien et neuf, complété d’expositions, de conférences et de concours.

Je me suis récemment mis à expérimenter la photographie numérique en moyen format. Voici le récit de mon expérience avec ce format numérique.
Un aperçu du festival de la photo à Bièvres, en juin.

Retour vers le futur, de 1966 à 2026

Chaque année ou presque, j’y vais avec un objectif précis en tête. Une fois, c’était un trépied Manfrotto d’occasion acheté à un marchand italien, une autre fois un grand-angle Tamron déniché chez un vendeur d’Orléans, une autre encore un trépied ultra stable pour mes flashs de studio, acquis auprès d’un autre marchand. Cette fois, ma quête portait sur un Hasselblad vintage. Pour l’occasion, j’étais accompagné de mon ami Christian, du club photo OI-Paris, un photographe chevronné qui utilise un Hasselblad 500C/M depuis des décennies.

Je me suis récemment mis à expérimenter la photographie numérique en moyen format. Voici le récit de mon expérience avec ce format numérique.
Mon tout nouveau Hasselblad 500C d’époque, avec sa façon bien à lui d’afficher les numéros de vue dans ses fenêtres une fois la pellicule chargée, sans oublier le fameux volet obturateur (dark slide) sur la gauche. Celui que j’oublie presque toujours de retirer.

Et j’ai trouvé presque aussitôt la merveille que je cherchais, un 500C de 1966 en parfait état, avec sa cellule électronique et un dos film 12 vues. À partir de là, je me suis mis en quête d’un dos numérique, et j’ai déniché un ensemble d’occasion à un prix raisonnable sur le site finlandais Kamera Store, avec l’objectif idoine.

Je me suis récemment mis à expérimenter la photographie numérique en moyen format. Voici le récit de mon expérience avec ce format numérique.
Gros plan sur le Zeiss Planar 80 mm f/2,8 (équivalent 50 mm)

Je me retrouve donc avec deux appareils moyen format. Le premier est le 500C argentique (sur lequel on peut fixer le dos numérique), le second est le boîtier numérique 907X associé au CFV II 50C (50 Mpx). Depuis, j’ai pu tester les deux. J’ai commencé par l’appareil numérique et j’ai été stupéfait par les résultats. Voici mes impressions après plusieurs essais, et j’en ai profité pour bâtir un petit aide-mémoire afin d’étayer mes constats avec des faits et des chiffres précis.

Premières impressions avec la photographie numérique en moyen format

Avant de me plonger dans les détails techniques, je suis parti sur le terrain pour essayer mon tout nouvel appareil. Je dois avouer que j’étais plutôt sceptique au départ. Je n’étais pas certain que les résultats seraient à ce point convaincants. Ce que j’ai vu m’a complètement fait changer d’avis.

  • Ce qui m’a le plus frappé au départ, c’est le rendu des couleurs. Elles étaient vives et fidèles. Par ailleurs, j’ai réalisé que je n’avais pas besoin de faire autant de post-production sur mes photos que d’habitude, et que le résultat était excellent même sans retouche.
  • Une foule de détails et une netteté incroyable. Comme le montre les exemples ci-dessous, je peux zoomer sur une photo et conserver du détail jusque dans les coins les plus reculés du cadre. C’est d’une netteté et d’une précision impressionnantes, et l’atmosphère que dégage ce rendu très réaliste est vraiment plaisante.
  • Un excellent rendu même sous le détestable soleil de midi. J’ai commencé par photographier les travaux autour de Denfert-Rochereau à Paris, en plein midi, sans doute le pire moment pour faire de la photo. D’habitude, j’opte pour le noir et blanc pour contourner ce problème. Cette astuce me permet d’évacuer les couleurs délavées et de transformer mes photos en un jeu entre zones très éclairées et zones d’ombre. Cette fois, j’ai choisi de garder la couleur, dont le rendu s’est révélé supérieur à la version monochrome.
  • Profondeur de champ. J’ai aussi remarqué un bokeh très doux et agréable, alors même que l’ouverture maximale de l’objectif n’est que de f/3,5, ce qui ne paraît pas énorme sur le papier mais qui s’avère largement suffisant.
  • Autonomie de la batterie. Les tests ne présentent pas l’autonomie comme extraordinaire, mais je peux garantir qu’elle l’est, on a à peine besoin de recharger entre deux sorties.

Quelques exemples de photographie numérique en moyen format

Cette première vue d’une maison médiévale à Blois, associée à l’agrandissement au format 1:1 à droite, permet de vraiment apprécier la qualité et la netteté de l’ensemble numérique moyen format Hasselblad.
Je trouve le zoom sur cette photo encore plus impressionnant.
Les détails sur les rivets de cette photo sont bluffants.

Mes appareils

Résultat, je suis convaincu par la photographie numérique en moyen format, et le 907X + CFV II 50C trône désormais fièrement sur mon étagère.

Quelques-uns de mes appareils sur mon étagère

Quelques limites

Le revers de la médaille, c’est le poids des fichiers, environ 100 Mo en moyenne, contre 30 Mo pour un RAW compressé sur le Nikon Z9. Une qualité supérieure se paie forcément quelque part. Je suis content d’avoir opté pour le dos numérique CFV II 50C (50 Mpx) plutôt que pour le 100C. 100 Mpx, ce serait excessif, et chaque fichier pèserait dans les 200 Mo. Du coup, je fais un tri encore plus impitoyable parmi mes premières prises. Comme le répète justement le président du club OI Paris, « toute photo supprimée est une photo qui échappe à la critique ».

Maintenant que j’ai fait mes classes, j’ai voulu comprendre plus précisément comment ce petit miracle s’était produit.

Ce que signifie vraiment le « moyen format »

J’ai fait des recherches sur internet à l’aide de mes moteurs de recherche IA préférés. Voici ce que j’ai trouvé, retravaillé et enrichi de mes propres commentaires. Les résultats de ces recherches sont présentés ci-dessous sous forme de citations.

« Le moyen format désigne une catégorie de taille de capteur ou de pellicule qui se situe entre le format 35 mm classique dit « plein format » (24×36 mm) et les formats bien plus grands utilisés par les chambres photographiques grand format. Historiquement, le moyen format regroupait toute taille de pellicule supérieure au 24×36 mm et inférieure à environ 90×120 mm, et se pratiquait avec de la pellicule 120, donnant des formats allant du carré 56×56 mm jusqu’au panoramique 56×168 mm »

C’est exactement ce que je fais avec mon 500C, j’achète des pellicules Fomapan 120 en noir et blanc. Elles sont fabriquées en Europe et offrent un excellent rapport qualité-prix. Il faut garder à l’esprit que la photographie argentique est devenue un loisir coûteux de nos jours.

« Aujourd’hui, les appareils numériques moyen format de Fujifilm et Hasselblad utilisent des capteurs d’environ 43,8×32,9 mm, soit une surface représentant à peu près 1,7 fois celle du plein format. Phase One va encore plus loin, avec environ 53,4×40 mm, soit près de 2,5 fois la surface du plein format »

Les appareils Phase One sont, en ce qui me concerne, totalement hors de portée. Ils coûtent chacun plusieurs dizaines de milliers d’euros. Le CFV II 50C d’occasion représentait un bon compromis. Je l’ai acheté en pack avec le 907X chez Kamera Store, en Finlande, pour « seulement » 5 000 €. L’objectif, également acheté d’occasion, m’a coûté 1 000 € de plus. C’est une somme conséquente, mais je considère cela comme un investissement plutôt que comme une simple dépense.

Pour mieux comprendre comment ces catégories sont définies, on peut consulter la page Wikipédia sur les formats de capteurs photo ainsi que le guide de MPB consacré aux formats de capteurs (moyen format, plein format, APS-C et micro 4/3).

Le Hasselblad 907X + CFV II 50C

Voici maintenant ce que j’ai trouvé au sujet de mon équipement.

« Le 907X est un boîtier moyen format modulaire, un « châssis » minimaliste et sans viseur qui accueille des dos numériques interchangeables, le plus accessible étant le CFV II 50C, un capteur de 43,8×32,9 mm offrant 50 mégapixels. Cette surface de capteur correspond au même facteur d’environ 1,7 fois le plein format évoqué plus haut, même si sa résolution est inférieure à celle du plus récent dos CFV 100C et ses 100 mégapixels. L’ensemble s’inspire de l’héritage de la série V de Hasselblad, dans le style des célèbres appareils argentiques de la série 500, avec un boîtier en aluminium épuré, aux lignes carrées, habillé de cuir. Les critiques saluent unanimement son design (le test de Digital Camera World et celui de Steve Huff le qualifient tous deux de l’un des plus beaux appareils jamais conçus), tandis que la prise en main de DPReview détaille plus en profondeur la mécanique du système modulaire boîtier-dos »

Un bel appareil photo numérique moyen format

Je confirme, non seulement c’est un bel appareil, mais c’est aussi un vrai plaisir à utiliser. Je me suis offert une lanière en corde  design pour l’agrémenter car je ne suis pas fan des lanières publicitaires trop voyantes. La prise de vue est inhabituelle, un peu comme sur le vieux 500C, puisqu’on peut viser par le dessus.

Comme expliqué plus haut, j’ai pu fixer le dos numérique sur le vieux 500C et réaliser quelques essais. Il existe deux façons d’utiliser le CFV II 50C sur le 500C.

  1. La méthode la plus simple consiste à fixer le dos sur le vieux 500C et à utiliser l’obturateur mécanique intégré au Planar 80 mm f/2,8. Cela impose l’usage d’un trépied et d’un déclencheur à distance.
  2. Une méthode plus sophistiquée consiste à bloquer l’obturateur du 500C en position B (pose longue), grâce au levier dédié, et à basculer le dos numérique en mode obturateur électronique. On peut alors prendre des photos sans trépied et obtenir de bons résultats.

J’ai réalisé tous ces tests et j’en suis arrivé à la conclusion qu’il valait mieux réserver le 500C à la pellicule, et opter pour le 907X + CFV II 50C dès qu’il s’agit de numérique. Je n’ai vu aucun avantage à utiliser le dos numérique sur un boîtier argentique, car l’objectif Hasselblad 45 mm est d’une netteté exceptionnelle et surpasse largement le Planar.

Voici maintenant les explications techniques de ce que j’ai constaté sur le terrain.

Pourquoi les grands capteurs améliorent les images en moyen format numérique

  • Profondeur de champ. À ouverture et cadrage identiques, un grand capteur produit une profondeur de champ plus faible qu’un petit capteur. Les sujets se détachent de l’arrière-plan avec un flou plus doux et plus tridimensionnel.
  • Rendu des tons. Les pixels du 50C sont physiquement plus grands que ceux d’un capteur de 100 mégapixels de même taille, chacun capte donc davantage de lumière. Cela se traduit généralement par une excellente plage dynamique et un dégradé doux, presque argentique, dans les ciels, les carnations et les détails d’ombre.
  • Résolution et poids des fichiers. 50 mégapixels restent largement suffisants pour de grands tirages, avec des fichiers plus légers et un traitement plus rapide que le dos 100 mégapixels, le tout à un prix plus abordable.

Ces caractéristiques se retrouvent dans plusieurs tests indépendants, notamment celui de Fstoppers sur le 907X 50C et celui de Photography Blog, qui relèvent tous deux une profondeur de couleur et une plage dynamique exceptionnelles une fois associé à un objectif XCD bien piqué.

L’objectif XCD 45 mm

Le XCD 45 mm est un léger grand-angle, à peu près équivalent à un champ de vision de 36 mm en plein format. Il convient donc bien aux portraits en situation, à l’architecture d’intérieur et à la photographie de rue, où le contexte compte autant que le sujet. Il existe deux versions, l’originale XCD 45 mm f/3,5, un objectif robuste pesant 417 g, et la plus récente XCD 45P f/4, présentée comme l’objectif autofocus moyen format le plus petit et le plus léger du marché, avec seulement 320 g pour 47 mm de long. Les deux utilisent un obturateur à lamelles, ce qui permet la synchronisation flash à toutes les vitesses, et s’accordent naturellement avec le boîtier fin du 907X, proche d’un télémètre. Pour une analyse optique détaillée, voir le test approfondi de Vieri Bottazzini sur la version f/3,5 ainsi que celui de Fstoppers sur la 45P, sans oublier l’annonce du lancement de la 45P chez DPReview.

Les compromis face aux appareils plein format traditionnels

La photographie numérique en moyen format implique d’autres compromis que le simple poids des fichiers. Les voici.

  • Coût. Les boîtiers, dos et objectifs moyen format coûtent nettement plus cher que les systèmes plein format.
  • Vitesse de l’autofocus. La mise au point est nettement plus lente que sur mes hybrides plein format Nikon de la série Z, et même que sur mon D850. D’une certaine façon, ça n’a pas d’importance, cet appareil a été conçu pour une prise de vue posée et réfléchie, pas pour l’action ou le sport. Il se révèle d’ailleurs un très bon complément à ma gamme Nikon Z7-Z9 et D850, plutôt qu’un remplacement.
  • Prise en main. Le 907X plus équilibré quand il est équipé d’objectifs XCD compacts comme le 45 mm. Des objectifs plus grands et plus lourds donnent l’impression que le petit boîtier va basculer vers l’avant.
  • Viseur optique. Le boîtier de base n’a pas de viseur, ce qui peut rendre la prise de vue en plein soleil assez malcommode. Il faudra débourser 400 € de plus pour un viseur optique, ça pique !
  • Pas de griffe flash. Je me suis renseigné sur le sujet, et il semble possible de s’en sortir avec divers accessoires (cold shoe, câbles, etc.), mais tout cela paraît bien compliqué comparé à l’usage du D850, voire du Z9, en studio.

La bonne nouvelle, c’est que le 50C échange justement de la résolution contre des fichiers plus légers, un flux de travail plus rapide et généralement un prix inférieur à celui du dos 100 mégapixels CFV 100C, ce qui en fait un compromis pratique au sein même de la gamme moyen format. Voir la comparaison de Fstoppers entre le X2D et le 907X pour comprendre comment le 907X se positionne face au boîtier intégré de Hasselblad.

Tests vidéo du 907X / CFV II 50C

3 infographies utiles

Références

Yann Gourvennec
Yann Gourvennec
Yann Gourvennec

I'm a photographer and watercolourist. I have practiced photography since childhood and digital photography since 1995. I turned it into my main occupation in 2021. I own a photo studio in Paris, France.
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Je suis photographe et aquarelliste. Je pratique la photographie depuis l'enfance et la photographie numérique depuis 1995. J'en ai fait mon activité principale en 2021. Je possède un studio photo dans le 15e arrondissement de Paris

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