Le regard et la photographie
La photographie est très exigeante en matière de regard. On dit même que la beauté est dans l’œil de celui qui regarde. J’ai également entendu dire que les peintres ne peignaient pas vraiment avec leurs mains, mais avec leurs yeux. Et je dois admettre qu’en tant qu’aquarelliste, c’est exactement ce que je fais. Dans une large mesure, ce que je fais avec ma photographie va dans le même sens. Comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, je suis plutôt un peintre avec un appareil photo dans les mains plutôt que l’inverse.
Pour en revenir à l’affaire de la beauté et du regard, lorsque ce regard est celui d’une mule, cette phrase est-elle encore valable ? Probablement.
Les yeux dans les yeux

Les yeux dans les yeux au Jardin Extraordinaire – Ariège – 2020
Je ne sais ce qu’il en est pour vous, mais moi j’adore cet âne. Il a vraiment l’air sympathique. Lorsque j’ai vu cette petite cabane peinte de toutes les couleurs, j’ai pris mon appareil photo et je l’ai photographiée en une fraction de seconde. Le petit garçon devant l’animal est également très mignon.
Je ne suis pas sûr que le cadrage de la photo soit une merveille, mais, voilà, c’était une sorte de photo réflexe et personne n’a eu le temps de poser. Lorsque ce genre de choses se produit, il suffit d’appuyer sur le bouton de l’obturateur et de faire une prière pour que tout se passe bien. En fait, ce n’est probablement pas le cas, mais cela n’a pas vraiment d’importance non plus. Nous avons déjà posé cette question de savoir ce qu’est une photo parfaite et, en fait, ce n’est même pas une question intéressante tant elle est subjective.
N’y a-t-il pas un dicton qui dit que « la perfection n’est pas de ce monde » ? Les Anglais en ont un autre encore meilleur « ‘terminé’ vaut mieux que ‘parfait' » disent-ils de l’autre côté de la Manche.
Mémoire vive
Je suis toujours sidéré lorsque des photographes, qu’ils soient amateurs ou professionnels, sont capables de citer leurs données EXIF par cœur. Pour ma part, je ne suis pas capable d’apprendre quoi que ce soit par cœur. Quand j’étais jeune, ma mère me faisait répéter ma théorie de la musique et comme elle n’y connaissait rien, elle tenait absolument à ce que j’utilise exactement les mêmes mots que ceux qui étaient imprimés dans le livre. Le problème, c’est que je ne les retrouvais que très rarement et que j’utilisais parfois des synonymes qui étaient, à mes yeux, tout à fait acceptables.
Malheureusement, cette croyance n’avait aucune prise sur elle et elle me faisait répéter sans cesse les mêmes phrases jusqu’à ce que j’utilise exactement les mêmes mots. Je n’y suis jamais parvenu. Bien sûr, j’ai gardé une dent contre la théorie de la musique – un sujet assez ennuyeux au demeurant – mais j’ai aussi fini par ne plus pouvoir apprendre quoi que ce soit par cœur. Cela m’a beaucoup empêché de réciter mes leçons à l’école.
Mais le bon côté de la chose, c’est que cela m’a obligé à utiliser mes petites cellules grises plutôt que de me fier aux choses apprises et mémorisées par cœur. Dans une certaine mesure, c’est une très bonne chose. L’IA, à notre époque, est probablement la quintessence de la mémoire. Elle se souvient de tout et est capable de dire n’importe quoi sur n’importe quoi en quelques secondes. Ce n’est pas mon cas, et je ne le serai jamais, et c’est une bonne chose. Cela a aiguisé mon sens critique et m’a forcé à me reposer sur mon cerveau et non ma mémoire.
Les données EXIF, pour ce qu’elles valent…
Néanmoins, en revenant au sujet des données EXIF de cette photo, j’ai dû me pencher sur ma bibliothèque Flickr et y jeter un coup d’œil pour les retrouver. Flickr m’a indiqué que j’utilisais mon Nikon Z7. C’est probablement une bonne chose. Il est équipé de mon objectif léger standard 24-85 mm. Un objectif plutôt quelconque et peu spectaculaire. Mais par son poids et sa compacité, il est devenu un compagnon fidèle lors de mes déplacements. Car il m’évite de trimballer mon énorme 24 x 17 mm f 2:8. En pleine lumière, le fait que l’objectif ne soit pas très lumineux n’a pas beaucoup d’importance.
Quoi qu’il en soit, je n’ai pas eu beaucoup de temps pour réfléchir avant de prendre cette photo. Elle est donc très imparfaite comme je l’ai dit plus haut. Néanmoins, il y a quelque chose dans cet âne. J’aime ses yeux, son sourire suffisant, ses oreilles à angle droit et la façon dont il me regarde. Il vous regarde aussi. Par contre, le garçon devait être assez déçu. Voici un âne qui aime les selfies.
En le regardant, je l’imagine même dire quelque chose comme…
« Les ânes ne sont plus guère utilisés par les agriculteurs, vous savez, et c’est très triste. Ils sont remplacés par ces lourdes machines à moteur diesel qui sont très bruyantes et bigrement inefficaces. Ils ne sont pas respectueux de l’environnement et il faudrait plutôt penser à remettre des ânes dans les champs ».
Je ne suis pas sûr que ce soit ce que cette créature aimable et bienveillante a réellement derrière la tête. Mais je peux très bien imaginer que c’est quelque chose de ce genre. Et si vous voulez mon avis, je suis même en grande partie d’accord avec lui.
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Je suis photographe et aquarelliste. Je pratique la photographie depuis l'enfance et la photographie numérique depuis 1995. J'en ai fait mon activité principale en 2021. Je possède un studio photo dans le 15e arrondissement de Paris
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2 Comments
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J’aime beaucoup cette photo. Pour moi, une photo parfaite, c’est celle qui provoque de vraies émotions chez celui ou celle qui a regarde. Et celle-ci provoque de la joie, transmet de la tendresse. Je me moque des données EXIF, je ne sais même pas ce que c’est… Je sais juste que j’aime cet âne et ce petit garçon.
Merci beaucoup « Framboise ». Cette histoire de photo parfaite est un peu une plaisanterie en fait.
Nous avons, avec Emilie Léger, déjà traité ce thème ici https://antimuseum.com/fr/2023/06/18/reussir-la-photo-ideale/
Un sujet à débats… infinis.